catherine d’amours
recherche doctorale NAD-UQAC







Nous sommes à Tiohtià:ke, aujourd'hui appelée Montréal, sur un territoire autochtone qui n'a jamais été cédé. Je reconnais la nation Kanien'kehá:ka comme gardienne des terres et des eaux où nous nous trouvons. Tiohtià:ke a longtemps été un lieu de rassemblement, de rencontres et de diplomatie entre les peuples. 

Je fais cette reconnaissance depuis ma position de femme blanche, allochtone, qui vit et travaille sur cette terre. Comme je travaille avec ce territoire je m'engage à la réciprocité, à apprendre les histoires de ce lieu, et à ne jamais parler à la place de celles et ceux qui l'habitent depuis bien plus longtemps que moi. 












Introduction



source : catherine d’amours, trois-pistoles











source : catherine d’amours, Parc naturel et historique de l’île aux Basques, 2026










«[...] mon lien avec le vivant s’est tissé dès l’enfance. Les mains dans la terre, je cherchais à voir et à comprendre ce qui résistait à notre perspective humaine.»

«Le design graphique s'est largement constitué en produisant sur le vivant, traité comme ressource et comme matière à mettre en forme, plutôt qu'en composant avec lui.»
(catherine d’amours, 2026)

source : catherine d’amours, Trois-Pistoles, 2026
Mon désir de transformer ma pratique et de la reconnecter aux territoires s’est concrétisé lorsque j’ai eu peur de ne plus jamais retrouver les lieux dans lesquels j’avais grandi. Lorsque j’ai eu peur qu’on détruise les écosystèmes de l’estuaire du Sain-Laurent, au nom du progrès. 

J’ai nommé ce sentiment, la désolande*. J’ai commencé à croire que ma pratique de designer contribuait à ce sentiment nouveau.




* Désolande est un néologisme que j’ai imaginé à la suite de conversations avec mon ami Mikael Rioux, gardien du Parc naturel et historique de l’île aux Basques. Il est composé de trois éléments : le préfixe latin dé-, qui marque le retrait, le dépouillement ; la racine sōlus, qui signifie seul ; et la terminaison -ande, de l'adjectif verbal latin -anda, ce qui est voué à advenir.

(catherine d’amours, 2026)











source : Louise Schouwenberg, Michael Keathler, 2022
Tous mes terrains de recherche se construisent dans un mouvement qui fait passer le récit de l’intime au pédagogique, puis à la recherche.

«Ces trois registres ne se suivent pas comme des étapes puisqu’ils s'entremêlent en correspondant l’un avec l’autre. L'intime est mon point de départ et ma première source de connaissance, notamment par ce que mon corps a expérimenté sur le territoire. Par la pédagogie, j’en fait des situations transmissibles, des gestes que je partage avec les personnes étudiantes. La recherche, enfin, confronte ces expériences à la littérature et aux travaux qui m'ont précédée.» 
(catherine d’amours, 2026)















L’héritage du design graphique et son déplacement


Comment la méthodologie de recherche-territoire se situe-t-elle par rapport aux différentes visions de ce qu’est le «design»?
(question posée par Caoimhe Isha Beaulé, 2026)
Que m’apprennent les travaux qui ancrent la recherche dans la perspective terrestre et la corporéité, pour la co-création et la co-autorialité? 
(question posée par Magali Uhl, 2026)









Récit de pratique partie 1 : L’intime 
Projet terratypie 



source : catherine d’amours - terratypie - cueillette d’argile à Trois-Pistoles


«Je m'agenouille sur une berge du Bas-Saint-Laurent, à la grève Fatima, pour y prélever de l'argile. Rapidement je sais que c’est une mauvaise idée. La vie en place serait assurément bouleversée par mes gestes envahissants. C’est à la suite de ce constat que je suis partie à la recherche de l’argile sauvage sur des sites de construction, dans les interstices de terrains hostiles.» (catherine d’amours, 2026)











source : catherine d’amours - terratypie - travail de l’argile en atelier









source : catherine d’amours - terratypie - caractères typographiques imprimés en 3D et replacés sur les lieux de leur cueillette






















Récit de pratique partie 2 : la pédagogie
Projet le ménagement du ruisseau 



source : catherine d’amours + Henriëtte Waal - le ménagement du ruisseau - exploration au boisé Vimont


«Sous l'asphalte et le béton, à Montréal, coule toujours une multitude de cours d’eau, dont le ruisseau Molson, que j’appelle volontairement des Prairies puisque c’est le nom qu’il avait avant d’être associé à la famille connue de Montréal, canalisé et recouvert depuis la fin du XIXe siècle. Celui-ci semble encore résister à son propre effacement. On ne le voit pas. Enfin, pas directement. Au quotidien, plusieurs personnes marchent au-dessus de lui sans le savoir. C'est le phragmite qui nous a mené au ruisseau.» (catherine d’amours, 2026)







source : catherine d’amours + Henriëtte Waal - le ménagement du ruisseau - cueillette du phragmite au boisé Vimont



























source : catherine d’amours + Henriëtte Waal - le ménagement du ruisseau - performance documenté par Sam Charlebois










source : catherine d’amours + Henriëtte Waal - le ménagement du ruisseau - exposition collective avec les étudiant·es documentée par Jessika Brunner-Gnass






















source : catherine d’amours + Henriëtte Waal - le ménagement du ruisseau - reccueil de l’exposition collective réalisé par l’étudiante Camélie Brunet






De ma pratique de design dans terratypie à ma pédagogie dans l’atelier où nous avons exploré les méandres du ruisseau des Prairies, un déplacement oblige les designers à travailler avec un lieu plutôt que sur lui, à faire émerger un projet à partir d’un territoire plutôt que d’une commande.













La recherche et l’ancrage en design
 


source : Herbert A. Simon, 2019


















Résoudre des problèmes

«Il observe que le monde contemporain est devenu plus artificiel que naturel, et entend par artificiel ce qui est fait de main d'humain, par opposition à ce qui relève de la nature. Le design est, selon lui, la science de ce domaine. Concevoir, c'est élaborer des cours d'action pour mener une situation existante vers un état jugé préférable, une activité de résolution de problèmes qui distingue, selon lui, les professions des sciences.» 
(Herbert A. Simon, 2019, cité dans catherine d’amours, 2026)

source : Harold Nelson et Erik Stolterman, 2012




















Le désirable

«But it is true that we are pulled into design because it allows us to initiate intentional action out of strength, hope, passion, desire, and love. It is a form of action that generates more energy than it consumes. It is innovative inquiry that creates more ressources—of greater variety and potential—than are used. In this way design action is distinct from problem-based reaction, which is triggered by need, fear, weakness, hate, and pain.» 
(Nelson et Stolterman, 2012, p. 20)


Nelson et Stolterman s'éloignent de Simon, ils refusent la résolution de problèmes et rejoignent même mon idée que le savoir émerge dans le faire. Et pourtant, du problème de Simon au désirable de Nelson et Stolterman, le sujet reste humain et central, la matière n'est qu'un moyen, et la définition a beau s'ouvrir à l'imprévisible, elle ne décentre jamais ce sujet.